Par Heinz Schneider
La cabine de peinture a longtemps été le domaine des mains sûres, des yeux exercés et de beaucoup d’expérience. Quelques dixièmes de matière en trop, un mauvais angle d’attaque, une buse mal orientée – et le brillant espéré se transforme aussitôt en séance de rattrapage manuel. Désormais, un nouveau collègue s’avance dans cet univers : le robot de peinture. Non pas pour remplacer le professionnel, mais comme outil au service de processus appelés à devenir plus reproductibles, plus efficaces et plus faciles à planifier.
Dans ce domaine, BASF Coatings renforce son rôle de manière ciblée. L’entreprise associe son expertise traditionnelle en matière de peinture à la gestion numérique des teintes et au savoir-faire dans les techniques d’application. Autrement dit : BASF ne veut pas construire le robot, mais faire en sorte que celui-ci exécute les travaux de peinture avec précision, comme l’exigent l’atelier, le client et les spécifications des produits.
A cet effet, BASF travaille en étroite collaboration avec des fournisseurs de solutions robotiques, des clients pilotes, des fournisseurs d’équipements d’origine OEM et des partenaires industriels. Au centre des réflexions figure une question très concrète : comment intégrer de manière judicieuse les processus de réparation assistés par robot non seulement en laboratoire, mais aussi dans le quotidien bien réel d’un atelier ? Car entre une projection vidéo d’un salon professionnel et une cabine de peinture, il y a un monde – avec de la poussière, des cadences, une grande variété de pièces et des gens qui savent depuis longtemps à quoi doit ressembler une peinture parfaite.
Les premières applications se concentrent surtout sur des travaux standardisés : apprêt, couche de base et vernis sur des éléments complets de carrosserie. C’est là que la robotique peut faire valoir ses atouts : précision reproductive, application constante de matière, débit mieux planifiable et moins de variations dans le processus. À mesure que la technologie gagnera en maturité, des tâches plus complexes, comme les raccords de peinture ou les mises en peinture intérieures, pourraient également entrer dans le champ d’application.
Mais ce n’est pas si simple. En matière de retouche de peinture, deux interventions sont rarement identiques. Ici, le logiciel ne décide pas seul ; la compréhension de l’application reste déterminante.
C’est précisément là que BASF voit son rôle. L’entreprise ne développe pas sa propre robotique matérielle. La différentiation réside plutôt dans la connaissance des peintures et des processus ainsi que dans l’intégration du système. Il s’agit de standards d’application validés et de modèles de processus évolutifs. La question est de savoir comment intégrer l’automatisation dans les flux existants pour qu’elle soit une véritable aide – et pas simplement un gadget à côté de la cabine.
Cette approche devient maintenant plus concrète à Hanovre. C’est là que la marque de peinture BASF Glasurit lance, avec Sata et le « Boya Auto-Zentrum », membre du groupe Aribos, les premiers essais avec le « Jetstream ». L’Auto-Zentrum, client Glasurit depuis de nombreuses années, est actif dans la carrosserie, la peinture et la réparation des véhicules accidentés de toutes marques. Autrement dit, exactement dans ces domaines où l’on verra si la peinture robotisée est plus qu’une promesse technique.
Glasurit et Sata veulent s’assurer que le « Jetstream » fonctionne dans des conditions réelles et contribue, à long terme, à la qualité comme à l’efficacité. Sata, en tant que spécialiste des technologies et des applications, apporte son expérience en matière de technique de peinture et collabore, pour la partie robotique, avec la start-up « Curve Robot ». Glasurit, de son côté, se concentre sur l’intégration du système dans les processus de peinture existants ainsi que sur la constance de la qualité des surfaces et des finitions.
A cet effet, des programmes de peinture adaptés au « Jetstream » et à la série Glasurit 100 ont été développés. Le point décisif réside dans l’ajustement précis des différentes applications. Un robot peut certes suivre tranquillement son parcours, mais l’obtention d’une finition parfaite dépend d’une multitude de détails : matière, technologie de buse, distance, vitesse, structure des couches, temps d’évaporation et conduite du processus. En clair : un robot n’a pas seulement besoin de bras, il lui faut aussi une certaine l’intelligence en matière de peinture.
Que l’on s’intéresse à ces questions ces-jours-ci n’a rien du hasard. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée met de nombreux ateliers sous pression, tandis que les exigences en matière de qualité, d’efficacité et de documentation continuent d’augmenter. La robotique peut ici devenir un élément majeur – non pas comme une arme miracle, mais comme un complément pour les ateliers modernes. À l’avenir, la technologie pourrait aussi jouer son rôle dans les concepts de formation et de qualification. Qui standardise les processus peut mieux les transmettre, les contrôler et les faire évoluer.
En fin de compte, il s’agit moins d’opposer l’homme à la machine que de faire travailler l’homme avec la machine. L’expérience du peintre reste décisive. Elle pourrait simplement bénéficier prochainement du soutien d’un collègue qui ne connaît ni la fatigue, ni la pause-café, et qui effectue toujours la même passe. Reste à savoir si cette approche deviendra le nouveau standard de la peinture de réparation. La réponse ne viendra pas de la théorie, elle se révèlera là où la peinture compte vraiment : en cabine, sous la lumière, sur la tôle.