Jürgen Klasing (texte et photos)

Francfort fut, une fois encore, bruyante, démesurée et résolument internationale. Du 8 au 12 septembre, le salon Automechanika est redevenu le grand rendez-vous mondial de l’industrie automobile. Quelque 4400 exposants venus de 80 pays ont occupé près de 300 000 mètres carrés, soit l’équivalent de 42 terrains de football. De quoi sérieusement user ses semelles entre peinture, robotique, logiciels et promesses d’avenir.

Les grands thèmes se sont rapidement imposés : innovations destinées à l’après-vente automobile, intelligence artificielle, électromobilité, numérisation et conduite autonome. Leur intitulé est désormais familier. Francfort a toutefois montré à quel point ces évolutions ont déjà quitté les présentations prospectives pour entrer concrètement dans les ateliers, le commerce et les entreprises de réparation.

Les poids lourds de l’industrie, de l’atelier et de la distribution ont présenté de nouvelles solutions et de nouveaux modèles d’affaires. Le tout s’accompagnait d’un programme comptant plus de 500 manifestations. Avec le «Future Mobility Park», la première «Pit Lane» d’Automechanika et l’«Experience Park», il ne s’agissait plus seulement de regarder. Démonstrations en direct, grondements de moteurs, défis et aperçus exclusifs ont veillé à ce que le salon sente et sonne encore, par moments, comme une véritable manifestation automobile. Dans la Festhalle, le nouveau forum «High Tech 4 Mobility» s’est quant à lui penché sur la conduite autonome et les services numériques.

Les exposants suisses étaient en revanche plutôt clairsemés. Parmi eux figurait Roger Blum, accompagné de l’équipe de Blutech AG, qui présentait le robot de peinture «Paint Go» – auquel carwing a déjà consacré un article. Notre parcours passait également par le stand d’Axalta Coating Systems GmbH, dans la halle 11.1.

Son directeur, Sebastian Wyder, y a dévoilé plusieurs nouveautés dont la commercialisation est prévue en novembre 2026. Parmi elles, le système Synergy UV-A, une solution haut de gamme destinée aux réparations cosmétiques et aux petits dommages. Le principe est aussi simple que pragmatique : traiter les interventions légères dans un circuit rapide dédié, plutôt que d’immobiliser inutilement une cabine de peinture ou de ralentir des travaux plus importants.

Le système repose sur deux produits monocomposants. L’apprêt garnissant AXS504 UV-A est conçu pour les réparations ponctuelles et durcit en une minute seulement. Les longues phases de séchage et de polymérisation disparaissent, tandis qu’Axalta promet une bonne adhérence et une résistance accrue à la corrosion.

Le second produit est le vernis AXS700 UV-A. Prévu pour une application rapide en une passe et demie, il doit offrir une brillance élevée ainsi qu’une bonne aptitude aux raccords et au polissage. Après trois minutes d’évaporation, une lampe UV-A portative suffit à le faire durcir complètement en une minute. La teinte de la base n’influe pas sur le processus. Les variations de température susceptibles d’apparaître avec un séchage infrarouge classique sont ainsi évitées. L’AXS700 peut être appliqué aussi bien au pistolet qu’en aérosol.

Venue de Schindellegi (SZ), Betag Innovation AG était également présente. L’entreprise est spécialisée dans le débosselage et propose des formations aux professionnels de la remise en état, notamment pour les véhicules BMW, Ford et Toyota. Elle développe en outre ses propres outils de réparation.

Son directeur, Ralph Meichtry, aurait volontiers présenté à Francfort le nouveau «Damage Assessing System». Mais son développement se trouve encore dans la procédure de certification liée au brevet. Ce scanner de carrosserie mobile, guidé à la main et monté sur roulettes, se situe à mi-chemin entre le portique automatisé et la tablette. Deux caméras numériques et des réflecteurs sont installés sur une structure que l’opérateur déplace autour du véhicule. Les dommages et les impacts de grêle sont détectés, documentés automatiquement, puis intégrés directement par le logiciel dans un calcul de réparation. La commercialisation est prévue au printemps 2027.

Chez Surventis aussi, le décor a changé. Les marques de peinture Glasurit et R-M occupaient les halles 11.0 et 11.1. La transformation est désormais achevée : l’activité issue de BASF porte le nom de Surventis Services AG, tandis que Glasurit et R-M subsistent en tant que marques. Alexander Bru, directeur régional DACH, évoque une étape importante : les deux enseignes sont désormais regroupées au sein d’une société indépendante et ne dépendent plus directement de l’entreprise BASF.

En Suisse, le changement de raison sociale bat son plein et doit être achevé d’ici à la fin septembre. Aux côtés de Glasurit et de R-M, la plateforme «Refinity» occupe une place centrale. Elle doit réunir les solutions «Mix & Scan», les formules de mélange et les dates de formation. Surventis Suisse entend surtout miser sur la proximité avec la clientèle, la rapidité du service et l’efficacité des processus.

Une visite chez «Sata» relève presque du rituel à Automechanika. Cette année, elle se justifiait doublement puisque la marque présentait ses nouveautés sur deux stands. Du côté des technologies de peinture haut de gamme, les séries spéciales «Jet X Clearcoat» et «Basecoat» occupaient le devant de la scène, aux côtés d’une autre édition «Jet X» dessinée par l’artiste Alex Bloch.

La «Jetstream» de «Sata Automation» en action a attiré encore davantage de curieux. Installée dans une cabine de peinture, cette solution robotisée montrait très concrètement comment augmenter la productivité d’un atelier. L’installation peut être ajoutée à un équipement existant et se décline en plusieurs niveaux d’extension.

Un robot à six axes destiné à l’application automatique de la peinture est monté sur une structure composée de quatre ou six colonnes porteuses et de rails. Un axe supplémentaire équipe le pistolet, auquel s’ajoutent deux axes de translation pour déplacer le robot. Celui-ci peut ainsi atteindre pratiquement chaque zone du véhicule dans une position optimale. Les réparations ponctuelles et les surfaces partielles sont possibles, tout comme la peinture d’un flanc complet ou d’un véhicule entier mesurant jusqu’à 2,2 mètres de haut. Le robot utilise exactement les mêmes produits qu’un peintre en carrosserie.

L’installation «Jetstream» peut également changer automatiquement, à l’intérieur de la cabine, les pistolets et les godets contenant les teintes préparées. Une peinture complète devient ainsi possible sans aucun changement manuel d’outil.

Au terme d’Automechanika 2026, une impression domine : nombre de technologies qui relevaient encore, il y a quelques années, d’un avenir lointain se trouvent désormais au milieu des halles. Elles actionnent des bras robotisés, analysent les dommages de carrosserie et raccourcissent les temps de réparation. Francfort a donc moins exposé des visions futuristes qu’une réalité déjà à l’œuvre : le métier est en train de changer, et vite.