Quand on rend visite à Paul LeFevre dans son atelier baigné de soleil à Costa Mesa, en Californie, on ne tombe pas seulement sur des carrosseries de vieux BMW. On y découvre une toute nouvelle identité du BMW 2002. Ce qui, dans les années 70, était encore une compacte à quatre cylindres en ligne quitte aujourd’hui son garage en pièce unique, ultra-légère, radicalement optimisée – et au prix qui va avec : environ 200 000 dollars. À condition, bien sûr, de faire partie du cercle très restreint des élus.
Originaire de Normandie, LeFevre a d’abord fait ses armes sur de la tôle américaine : un Fairlane de 1968, puis un Falcon de 1964. Sa passion pour BMW est née avec une E21, mais c’est toujours le 2002 qui faisait battre son cœur. Problème : en France, ces modèles étaient rares, chers – et souvent rongés par la rouille. Alors en 2016, LeFevre déménage en Californie, initialement pour son activité de planches de surf. Ironie du sort : c’est ce business qui deviendra le tremplin de son projet de vie – des restomods BMW sur mesure, sous le nom de « Son of Cobra », dans le même garage qui abritait autrefois ses planches.
Son premier projet : un BMW 2002 de 1972, rouge Vérone, dont le retour à Orange County a failli se terminer faute… de freins. L’envie de « faire mieux » a donné naissance à un concept clair : poids minimal, sensations brutes – et une approche technique entièrement repensée.
Tout commence par une carrosserie de 2002 en bon état, dont les éléments en acier et aluminium sont remplacés par du carbone. Au départ, LeFevre utilisait de la fibre de verre – résultat décevant. Aujourd’hui, toute la robe est en carbone apparent ou structurel, parfois avec un look élargi façon Alpina. Résultat : un poids à vide d’environ 900 kg – soit 400 de moins que l’original.
« Je voulais les sensations d’une voiture de course sur route – sans les inconvénients », explique LeFevre. « Légère, basse, puissante, mais toujours confortable. » Tout a commencé avec le capot – l’un des éléments les plus lourds à l’avant. À la fin, c’est la carrosserie entière qui a été refaite.
Mais alléger la voiture n’était qu’une partie de la mission. La rigidité du châssis joue un rôle clé, car toute la mécanique y est adaptée : direction, boîte de vitesses, pédalier, moteur. La direction, en particulier, a exigé de l’ingéniosité : le système d’origine, jugé trop flou, a été remplacé par une crémaillère de Ford Escort de dernière génération. Ça fonctionne – mais au prix de modifications massives sur le berceau, la colonne de direction, les pédales et la cloison pare-feu. Pas étonnant que LeFevre ne propose aucun kit : « Trop de petites pièces. Trop complexe. Ce n’est pas du Lego. »
Côté moteur, deux options sont disponibles : un M10 réalésé ou le mythique S14 de la M3 E30. Tous deux sont de vigoureux quatre-cylindres, mais LeFevre préfère le M10 retravaillé : porté de 1,8 à 2,3 litres, il développe 180 ch – tout en conservant un équilibre proche de l’origine.
Pour devenir client de « Son of Cobra », il faut de la patience, un solide budget – et une vraie personnalité. LeFevre choisit ses clients, et pas uniquement en fonction du portefeuille. Un entretien préalable permet de clarifier les attentes, et seuls cinq exemplaires complets ont été réalisés jusqu’ici. Le donneur idéal ? Un 2002 trouvé par LeFevre lui-même. « Je veux les meilleures carrosseries – et elles deviennent rares. Si je laisse le client amener une épave, ça complique tout », affirme-t-il. « Et je sélectionne mes clients avec autant de soin que mes voitures. Quand on travaille ensemble, ce n’est pas juste un contrat. C’est une affaire de famille. »