Par Heinz Schneider (texte)

Durant le week-end de Pentecôte, la Suisse centrale a retrouvé cette magie particulière qu’aucune application, aucun système d’aide à la conduite et, surtout, aucun catalogue de voitures neuves ne saurait calculer. La 27e édition de « Oldtimer in Obwalden », plus familièrement appelée « O-iO », a transformé Sarnen, les routes autour du lac puis l’Oberland bernois en musée roulant à ciel ouvert. Un musée fait de chromes, de patine, de carrosseries chauffées par le soleil et de moteurs bavardant avec bonhomie.

Dès le samedi, l’évidence s’est imposée : il ne s’agissait pas simplement de véhicules, mais de souvenirs montés sur roues. Sous un soleil estival, une foule compacte et plus de 500 voitures anciennes étincelantes se sont partagé le centre de Sarnen, fermé à la circulation ordinaire. Parmi quelque 80 véhicules d’avant-guerre, cars postaux et véhicules de pompiers, marques de prestige et classiques familiers, régnait ce joyeux désordre paisible que seuls les bons rassemblements savent orchestrer. On flâne, on s’arrête, on se penche sur une mascotte de radiateur, on disserte sur les carburateurs, les millésimes et les peintures d’origine – avant de constater que l’on se tient depuis une demi-heure devant la même voiture.

Mais l’« O-iO » ne vit pas uniquement de tôle et de mécanique. Il vit avant tout de rencontres, de spectateurs conquis et de connaisseurs aguerris, chapeau de soleil vissé sur la tête et essence dans les veines. Durant tout un week-end, ils forment une communauté dans laquelle l’histoire automobile traverse le village à ciel ouvert. Les très appréciées balades avec passagers, organisées le samedi après-midi, en ont offert la plus belle illustration. Les portes se sont ouvertes, les banquettes arrière ont été libérées et les dernières réticences se sont dissipées à coups de klaxon. Ceux qui, d’ordinaire, se contentent d’admirer les voitures depuis le trottoir ont soudain pu prendre place à bord d’un classique, d’un vétéran, du morceau de mémoire de quelqu’un d’autre. C’est précisément là que réside la force de tels rendez-vous : une voiture ancienne n’est pas un objet silencieux. Elle raconte une histoire. Parfois avec des mots, parfois avec le timbre de son échappement.

Plus tard, un cortège d’environ 400 anciennes s’est mis en mouvement. Il a d’abord emprunté le parcours de la course de caisses à savon, devenue depuis longtemps l’un des rituels de l’« O-iO ». Puis les véhicules ont traversé la pergola et la terrasse de l’hôtel Jugendstil Paxmontana. Une scène tout droit sortie d’un film presque trop beau pour être vrai – à ceci près qu’ici, personne ne déplaçait les décors. Le cortège a ensuite gagné la forêt du Kernwald, poursuivi sa route vers Alpnach Dorf, avant de revenir à Sarnen.

Des concerts ont joyeusement conclu cette première journée. Et quiconque persistait encore à considérer le monde des anciennes comme une confrérie de mécaniciens nostalgiques de l’huile moteur n’avait manifestement pas bien regardé. Bien sûr, on a parlé mécanique. Bien sûr, les capots se sont ouverts. Bien sûr, il fut question de pièces rares, de procédures de démarrage parfois capricieuses et de la subtile différence entre « elle tourne bien » et « elle tourne bien quand elle le veut ». Mais l’« O-iO » fut surtout autre chose : une fête populaire avec du style.

Le dimanche de Pentecôte, la traditionnelle grande sortie a pris le relais. Dès 10 heures, les trésors roulants ont quitté Sarnen en direction de l’Oberland bernois, en privilégiant autant que possible les routes secondaires. Le parcours les a menés par le col du Brünig jusqu’à Meiringen, puis vers Brienz et Interlaken. Celui qui a déjà suivi une ancienne sur une route de montagne le sait : la vitesse y est largement surestimée. Seul compte le rythme. Le souffle discret des moteurs, le rétrogradage à l’entrée d’un virage, l’odeur qui s’élève lorsqu’une vieille mécanique reprend son souffle après une montée. Les voitures modernes avalent ce genre d’itinéraire. Les anciennes, elles, le donnent à vivre.

Un moment particulier attendait les participants entre Interlaken et Brienz. Les classiques de la route y ont croisé le train à vapeur du Brünig. Un rendez-vous visuel et sonore entre deux univers qui appartiennent, au fond, à une même famille. D’un côté, les automobiles anciennes. De l’autre, la locomotive à vapeur. Toutes ont en commun la mécanique, le caractère et cette manière très visible de travailler au progrès. Pas d’écran tactile, pas de bourdonnement synthétique, pas de perfection aseptisée. Mais des pistons, de la vapeur, des étincelles, des engrenages et des bruits qui ont une origine. Durant quelques instants, même le paysage semblait observer la scène.

Ce week-end-là, Sarnen n’était pas un lieu où le temps s’était arrêté. Le temps continuait d’avancer. Simplement plus lentement, plus joliment et avec infiniment plus de caractère. Une fois encore, l’« O-iO » a démontré que la culture automobile déploie toute sa force lorsqu’elle ne disparaît pas derrière une vitrine, mais réunit les gens. Sur les places de village, au bord des routes, sur les sièges passagers et dans les virages des cols alpins. Entre Sarnen, le Brünig, Meiringen, Brienz et Interlaken, ce n’était pas simplement de la vieille tôle qui traversait le paysage. C’était une mémoire collective en mouvement. Et, avec tout le respect dû à la modernité, elle sonnait autrement plus grandiose.