Heinz Schneider (texte et photos)

À strictement parler, Skoda est une marque raisonnable. Elle construit des voitures généreuses en espace, plus encore en astuces pratiques, et dont les moteurs privilégient généralement l’efficacité et le quotidien plutôt que les grands effets de manche. Même le design se garde poliment des expériences hasardeuses. Quant au rapport prix-prestations, les Tchèques parviennent avec une étonnante régularité à laisser la concurrence perplexe. Bref, une Skoda s’achète normalement avec de solides arguments.

La filiale de Volkswagen s’autorise toutefois une entorse à cette sage discipline : les modèles RS. Ils coûtent davantage, affichent une allure plus dynamique et bousculent sérieusement la respectabilité habituelle de la maison lorsqu’il s’agit de performances. La recette semble viser juste. Toutes gammes confondues, les versions RS représentent plus de 16 % des ventes. La raison, oui – mais relevée d’un peu de piment.

Nous venons précisément d’accueillir dans notre parc d’essai un Kodiaq RS de 265 ch. Encore que le terme de «représentant» paraisse presque trop sage. Devant nous se trouve un SUV de 1,9 tonne, capable d’embarquer famille, bagages et équipements de loisirs, voire sept personnes si nécessaire. Sans pour autant donner l’impression que son existence se résume aux trajets scolaires, aux achats du samedi et aux départs en vacances.

Notre Kodiaq RS coûte 67 290 francs. On ne parle plus d’une bonne affaire, mais d’une déclaration assumée. Et les occasions de faire grimper la note ne manquent évidemment pas. Il y a le toit panoramique. Ou le pack Family, avec airbags latéraux arrière, stores pare-soleil, protections de bord de porte et cette petite poubelle intégrée à la garniture que l’on trouve d’abord amusante avant de ne plus vouloir s’en passer une semaine plus tard. L’affichage tête haute et le pack hiver, comprenant sièges avant et arrière chauffants ainsi que pare-brise chauffant, figurent également au catalogue. À force de cocher les cases sans surveillance, 4000 à 5000 francs supplémentaires s’évaporent rapidement. Les configurateurs sont, chacun le sait, les casinos du conducteur moderne.

Visuellement, le RS ne cache pas qu’au sein de la famille Kodiaq, il n’est guère chargé de la comptabilité. Le noir constitue son principal langage stylistique. Calandre, coques de rétroviseurs et éléments décoratifs adoptent des accents sombres, complétés par d’imposantes roues de 20 pouces. Derrière elles apparaissent des étriers de frein rouges – un classique du vocabulaire automobile : les choses pourraient ici aller un peu plus vite.

Bonne nouvelle, le Kodiaq assume son dynamisme sans l’agiter sous le nez de tout le monde. Pas d’aileron grotesque, pas de prises d’air aux dimensions d’une porte de garage, ni d’ornements martiaux. Le RS reste un Kodiaq. Simplement un Kodiaq qui semble fréquenter assidûment la salle de sport.

L’impression se prolonge à bord. La sensation d’espace est excellente, la visibilité convaincante. Confort et élégance dominent. Des surpiqûres rouges parcourent les accoudoirs, le tableau de bord et les sièges, tandis que des inserts à l’aspect aluminium complètent l’ensemble.

Sous le capot travaille un deux-litres turbo essence puisé dans les réserves du groupe Volkswagen, mais réglé de manière à parfaitement convenir au robuste Kodiaq. Il délivre 265 ch et 400 Nm. Une boîte DSG à sept rapports se charge des changements de vitesse, tandis que la transmission intégrale est livrée de série. Une brève pression sur la pédale de droite suffit alors à transformer le paisible SUV familial en une machine à dépasser qu’il vaut mieux prendre au sérieux. Le mouvement est moins brutal que souverain. Le Kodiaq ne tire pas sur sa laisse : il se contente de la tendre fermement.

La position de conduite surélevée reste naturellement perceptible. Quiconque projette un SUV de 4,76 mètres et près de deux tonnes dans un virage serré comme s’il s’agissait d’une compacte sportive mène une petite expérience sur les lois de la force centrifuge. Mais le Kodiaq accepte longtemps de jouer le jeu. La direction se montre suffisamment précise, les mouvements de caisse demeurent raisonnables et, surtout, la voiture inspire rapidement confiance. On sait exactement ce que fait le train avant – sans jamais soupçonner le train arrière d’avoir soudain organisé ses propres loisirs.

La transmission intégrale y contribue largement. Le système peut, si nécessaire, envoyer jusqu’à 100 % du couple vers l’arrière. Avec le blocage électronique du différentiel, jusqu’à 85 % peuvent être dirigés vers une seule roue. Sur la fiche technique, l’ensemble paraît plus spectaculaire qu’il ne le semble au volant. Et c’est un compliment.

Le RS s’autorise également un peu plus de théâtre sonore que ses paisibles cousins. Skoda fait appel à un «Dynamic Sound Boost» pour renforcer l’ambiance sportive. Les puristes fronceront les sourcils. Les pères de famille partis seuls chercher les croissants un samedi matin, et choisissant soudain l’itinéraire le plus long, probablement moins.

Verdict : le Kodiaq RS ne cherche pas à devenir ce qu’il n’est pas. Ce n’est ni une sportive montée sur échasses, ni une voiture de course déguisée. Il reste un SUV familial remarquablement spacieux, confortable et pratique – simplement doté d’une seconde personnalité délicieusement musclée.

  

Skoda Kodiaq RS 4x4, 5 places
Prix dès 67 290 Fr.
Moteur turbo essence / cylindrée 4 cylindres en ligne / 1984 cm³
Puissance / couple 265 ch / 400 Nm
Transmission / boîte 4x4, DSG à 7 rapports
0–100 km/h / vitesse maximale 6,3 s / 231 km/h
Consommation (WLTP) 8,5 l/100 km
Classe énergétique / CO₂ G / 192 g/km
Longueur / largeur / hauteur 4,76 / 1,86 / 1,66 m
Poids à vide env. 1950 kg
Volume du coffre 910 à 2105 litres
Capacité de remorquage 2300 kg