Par Dennis Schneider

Ibiza peut aussi montrer un tout autre visage. Ceux qui ne voient dans l’île des Baléares qu’une succession de beach clubs, de bars à coucher de soleil et de nuits qui dérapent passent facilement à côté d’une évidence: elle constitue un décor presque idéal pour une petite voiture agile. Entre les collines couvertes de pins, les routes étroites de l’arrière-pays, les maisons blanches et les transitions rapides entre littoral et villages, on comprend vite ce qu’une citadine doit offrir lorsqu’elle veut être autre chose qu’un simple compromis sur roues.

C’est précisément dans ce décor que s’inscrit la nouvelle Renault Twingo E-Tech electric. Elle ne cherche pas à copier la première génération, mais bien à en retrouver l’esprit: compacte, avenante, pratique, avec cette touche d’insouciance qui a très tôt donné à la Twingo un statut à part. Son design joue délibérément avec des codes familiers, sans sombrer dans la nostalgie facile. La voiture ne donne pas l’impression de vouloir séduire à tout prix, et c’est précisément ce qui la rend attachante.

À Ibiza, cette approche fonctionne étonnamment bien. La Twingo ne paraît jamais perdue sur les routes étroites, mais elle n’y semble jamais dépassée non plus. Là où l’itinéraire quitte les vues ouvertes sur la mer pour s’enfoncer dans l’intérieur vallonné de l’île, là où les virages se resserrent et où les localités rétrécissent, son gabarit compact s’accorde soudain parfaitement à l’environnement. La voiture n’y fait pas figure d’intruse, mais de modèle pensé exactement pour ce type d’échelle.

Techniquement, Renault reste agréablement sobre. La Twingo E-Tech electric développe 60 kW, soit 82 ch, délivre 175 Nm de couple et s’appuie sur une batterie de 27,5 kWh utilisant la technologie LFP. L’autonomie WLTP atteint 263 kilomètres, le 0 à 100 km/h est abattu en 12,1 secondes et la vitesse maximale s’établit à 130 km/h. Rien de tout cela n’invite à une grande épopée héroïque, mais ce n’est pas le propos. Cette Twingo ne prétend pas être une petite bombe: elle veut être une voiture électrique honnête, pensée pour le quotidien.

Et c’est précisément là qu’elle place les bons accents. Avec ses 3,79 mètres de long, elle reste clairement dans le format des petites voitures, tout en offrant cinq portes, quatre places et un habitacle remarquablement modulable pour la catégorie. Les sièges arrière coulissent et se rabattent séparément, tandis que le dossier du siège passager avant peut lui aussi se rabattre. La longueur de chargement grimpe ainsi jusqu’à deux mètres, tandis que le coffre peut atteindre 360 litres. Ce n’est pas spectaculaire dans la forme, mais c’est particulièrement convaincant à l’usage.

Sur le plan dynamique aussi, la Twingo se montre accessible plutôt que prétentieuse. Son diamètre de braquage de 9,9 mètres correspond parfaitement à sa vocation urbaine, et sur les sections plus sinueuses autour d’Ibiza, la petite Française prouve qu’elle ne se sent pas chez elle uniquement dans les parkings et les zones limitées à 30 km/h. La direction est directe, la voiture reste maniable et légère sans jamais devenir nerveuse. S’y ajoutent des palettes au volant pour gérer la récupération d’énergie et, sur la finition techno, la conduite à une pédale, soit exactement le genre de détails qui, au quotidien, valent bien davantage qu’une simple ligne dans une liste d’équipements.

Côté recharge, Renault reste tout aussi pragmatique. En Suisse, la charge AC de 11 kW et la charge DC de 50 kW sont livrées de série. Sur une borne de 11 kW, passer de 15 à 80 % demande 1 heure et 53 minutes; sur une borne rapide de 50 kW, 28 minutes suffisent; sur une prise domestique, il faut compter un peu plus de neuf heures. Rien de révolutionnaire, mais pour une voiture de cette taille et de cette vocation, l’ensemble apparaît parfaitement cohérent. Ceux qui parcourent surtout de courtes à moyennes distances disposent ici d’une configuration qui s’intègre sans difficulté dans le quotidien.

En matière d’équipement et de prix aussi, Renault garde le sens de la mesure. Dès la version evolution, on trouve notamment un système multimédia de 10,1 pouces, un combiné conducteur de 7 pouces, l’intégration smartphone sans fil, des capteurs de stationnement arrière, un régulateur de vitesse ainsi que les sièges arrière coulissants. Au-dessus, la version techno ajoute la navigation, une caméra de recul, un régulateur de vitesse adaptatif, la climatisation automatique, le Keyless Drive, le siège passager rabattable et l’avatar numérique «reno». En Suisse, la Twingo E-Tech electric débute à 18 900 francs en finition evolution et à 20 900 francs en finition techno. Le pack Safety & Parking est facturé 900 francs, tandis que les sièges avant chauffants coûtent 350 francs.

Vue depuis la Suisse, cette nouvelle Twingo est plus qu’une énième petite voiture électrique. Entre 1993 et 2023, 45 900 exemplaires ont été vendus dans le pays, un chiffre qui montre à quel point ce modèle s’est inscrit dans le quotidien automobile helvétique. Si la nouvelle Twingo E-Tech electric reprend ce nom, ce n’est donc pas seulement par nostalgie, mais avec une mission claire: prolonger ce qui a toujours fait la force de la Twingo, à savoir l’accessibilité, le sens pratique et un charme qui ne cherche pas à en faire trop, mais qui sonne juste. À Ibiza, cela fonctionne déjà étonnamment bien. Il lui reste maintenant à prouver qu’elle saura s’imposer avec la même évidence dans la vie de tous les jours en Suisse.