Par Heinz Schneider (texte)
Il s’agit de l’un de ces tournants discrets qui, dans le secteur suisse du véhicule utilitaire, ne s’accompagnent que rarement de grands tapages. Pas de battement de tambours, pas de fin abrupte – plutôt une coupe nette, comme on en voit dans un atelier bien géré. Notterkran AG, à Boswil (AG) se tourne vers l’avenir avec ce mélange de pragmatisme et de vision qui caractérise l’entreprise depuis des décennies.
En Suisse, quiconque est actif dans le secteur des grues de chargement, des bras articulés embarqués ou autres superstructures complexes ne peut guère passer à côté de Notterkran. Entre conduites hydrauliques, passerelles en acier et systèmes de commande finement ajustés, naissent ici des solutions qui, à première vue, relèvent de la pure technique, mais qui, à y regarder de plus près, reposent largement sur la confiance. La confiance des clients – et manifestement aussi celle accordée à ses propres équipes.
Avec Contena-Ochsner AG, basée à Urdorf (ZH), un nouvel actionnaire majoritaire entre en scène. Une démarche qui, sur papier, apparaît comme une simple participation stratégique, mais qui, en réalité, envoie un message clair : l’avenir du secteur réside dans l’interaction. Logistique des déchets, solutions en matière de conteneurs, technologie des véhicules – ces domaines ne sont plus des disciplines isolées, mais les rouages d’un même mécanisme. Contena-Ochsner apporte précisément cette vision systémique sur ce domaine qui englobe la gestion des déchets et des véhicules de ramassage des ordures ainsi que celle des infrastructures communales.
Le fait que la prise de participation majoritaire ne prenne effet qu’au 1er janvier 2027 s’inscrit dans cette logique. Ici, rien n’est précipité. On prend le temps de se mettre en concordance, d’ajuster les structures. C’est un type de transition qui ne se base non seulement sur des chiffres, mais aussi sur des relations établies au fil du temps.
La réorganisation au niveau du personnel apparaît tout aussi intéressante. Le fait que Michael Bertschinger, issu de la vente et du marketing, prenne la direction générale à partir d’octobre 2026, pourrait surprendre certains observateurs du secteur. Il ne s’agit pas d’un technicien classique à la tête de l’entreprise, mais de quelqu’un qui perçoit le marché avant même de le mesurer. C’est peut-être là que réside toute la logique : dans un environnement où les produits deviennent toujours plus complexes et les solutions plus interconnectées, l’interface avec le client est d’autant plus importante.
Michael Bertschinger assumera la responsabilité opérationnelle globale tout en regroupant sous sa direction des services centraux tels que le marketing, les ressources humaines, l’informatique et les finances. Une structure qui évoque des lignes claires – et une volonté de raccourcir les circuits de décision. Quiconque a déjà observé la complexité des interfaces dans une superstructure moderne comprend la valeur d’une telle clarté.
Alain Hauri sera désormais à la tête des ventes. Un nouveau pas interne qui prouve une chose : on a confiance dans ses propres forces. Cette ligne directrice traverse d’ailleurs l’ensemble des changements – les postes clés sont confiés à des collaborateurs de longue date. Pas de rupture radicale, mais une évolution fondée sur l’existant.
Et puis il y a Thomas Notter. Un nom indissociable de l’entreprise. A l’avenir, il restera actionnaire minoritaire et membre du conseil d’administration, tout en se retirant des opérations pour se consacrer à des mandats stratégiques. Il ne disparaîtra pas complètement – ceux qui connaissent le secteur savent que de telles personnalités ne quittent jamais vraiment la scène. Avec la poursuite de ses activités au sein de Kranotec GmbH, il demeure de toute façon dans le même univers.
En fin de compte, cette réorganisation ressemble à un équilibre finement ajusté : un nouveau partenaire solide, un changement de direction aux accents inattendus, et en même temps un engagement clair envers l’ADN de l’entreprise. C’est peut-être là le véritable message venu de Boswil : le progrès n’a pas besoin de faire de bruit. Parfois, il suffit de réorganiser les bonnes forces – et d’orienter le bras de la grue de quelques degrés vers l’avenir.