Certains automobiles n’ont nul besoin d’élever la voix pour laisser une trace. Le Fiat 124 Sport Spider appartient à cette espèce rare. Élégant, léger, techniquement ambitieux, il distillait ce charme italien capable de donner au plus gris des rubans d’asphalte un parfum de Riviera.

Lorsqu’il fut dévoilé en 1966 au Salon de l’automobile de Turin, le cabriolet de Fiat séduisit tout particulièrement les États-Unis. Les constructeurs américains n’avaient alors guère de réponse à opposer à ce petit modèle sportif découvert. Fiat, si. Signée Pininfarina, sa silhouette était l’œuvre du designer américain Tom Tjaarda. Le long capot presque horizontal, les phares ronds et la courbe délicate surplombant les ailes arrière composèrent une ligne dont le pouvoir de séduction n’a pratiquement rien perdu au fil des décennies.

Sous cette robe empreinte de légèreté méditerranéenne se cachait une mécanique autrement plus sérieuse qu’il n’y paraissait. Raccourci et renforcé, le châssis dérivait de celui de la berline Fiat 124, tandis que le quatre-cylindres avait été conçu par Aurelio Lampredi, ancien ingénieur de Ferrari. Deux arbres à cames en tête, une distribution par courroie crantée, une boîte à cinq rapports et quatre freins à disque: à la fin des années 1960, cet équipement n’avait rien d’ordinaire. Fort de 90 ch à ses débuts et ne pesant qu’environ 930 kilos, le Spider pouvait atteindre 170 km/h.

Mais les chiffres ne racontent jamais qu’une moitié de l’histoire. La capote en toile se repliait en quelques gestes, cinq cadrans ronds animaient l’habitacle et, derrière le volant, cette sensation propre aux meilleurs roadsters s’installait rapidement: la route comptait davantage que la destination.

Les Américains l’avaient parfaitement compris. Près des deux tiers des exemplaires de la première série traversèrent l’Atlantique; pour certaines versions ultérieures, cette proportion grimpa même jusqu’aux trois quarts. Fiat fit évoluer son Spider avec constance, lui offrant des moteurs plus puissants, une cylindrée accrue et une technique modernisée. En 1972 apparut même une déclinaison Abarth destinée au rallye: plus légère, plus musclée et nettement plus radicale, mais toujours immédiatement reconnaissable comme un 124 Spider.

Le Fiat 124 Sport Spider ne fut jamais une sportive brutale. Il ne cherchait pas à intimider, mais à séduire. Et c’est précisément là que résidait sa force. Il associait l’élégance italienne à une mécanique éprouvée et faisait de la conduite à ciel ouvert un plaisir sans complications. Une automobile semblable à un bon espresso dégusté sur une piazza ensoleillée: petite, pleine de caractère et dont le souvenir persiste bien plus longtemps qu’on ne l’aurait imaginé.